Alors que je te cherche parmi les invités, deux mains se posent devant mes yeux. Je me retourne en souriant, et tu viens me chuchoter à l'oreille que j'ai triché. J'aurais du d'abord deviner qui me cachait de ton regard. Ironie du sort, c'était toi-même.
- Si un jour on m'avait dit que j'arriverais à te faire porter un costard ! T'es sexe comme ça, Tom !
Je te souris de nouveau et te serre dans mes bras en t'embrassant sur le front.
- Tu t'étais bien mise en robe pour moi, que je réponds en te contemplant dans cette longue robe blanche.
- Comment tu m'trouves ? me demandes-tu d'une petite voix enfantine.
Radieuse, magnifique, sublime, ravissante, divine. Les mots m'échappent et tout ce que je suis capable d'articuler à ton oreille, c'est que tu es très belle. Comme toujours.
- J'ai peur, m'avoues-tu en baissant les yeux.
- Oui mais je suis là, alors ..
- Il ne peut rien m'arriver, poursuis-tu en souriant, je sais. Tu vois, j'ai mis ton collier, me fais-tu remarquer.
Tu tintes ta voix d'ironie et d'un regard qui me signale mon manque d'attention.
Mes yeux se portent à ton cou, et je remarque enfin la fine chaine en argent où tombe un petit coeur à la naissance de tes seins. Je saisis fébrilement le médaillon et y lis les inscriptions gravées d'un simple mot ; Heilig .
- Tu m'as manqué Tom, ça fait du bien de te revoir.
- J'allais tout de même pas rater le mariage de ma meilleure amie, je réponds en séchant une larme naissante au coin de tes yeux bleus.
- J'avais peur que tu ne sois pas là, comme tu m'as dit que t'étais pas sur de pouvoir te libérer ...
- Je t'ai dit qu'il ne pouvait rien t'arriver aujourd'hui.
- J'devais comprendre que tu serais là alors ? Tom, tu pourrais pas faire des phrases un peu moins implicites desfois ? Franchement, j'angoissais à l'idée que tu me verrais pas avancer dans l'allée dans ma robe de mariée.
Tu commences à faire de grands gestes qui me font rire à chaque fois en exagérant tes paroles.
- J'aurais jamais manqué ça, te dis-je d'une voix assurée et rassurante.
- Il est pas là, Bill ?
- Si si, il crame sa clope dehors et puis il a retrouvé nos vieux potes alors ...
- Vous restez combien de temps ?
- On repart demain matin.
Tu baisses les yeux, mon coeur se serre. J'admire la femme que tu es devenue après vingt deux ans d'amitié. Isana, ma petite voisine trop curieuse, ma confidente du jardin d'enfant, mon premier baiser dans notre cabane, mon premier morceau à la guitare, mon premier amour, et finalement, ma meilleure amie.
De mon index, je relève ton menton et plonge mes yeux dans les tiens.
- Tu devrais aller voir tes autres invités 'Na, tout le monde est impatient de te parler je crois.
Je te serre une dernière fois dans mes bras avant que tu n'appartiennes définitivement à un autre que moi. Avant que tu ne deviennes sa femme.
Tu es comme ma soeur, te voir si heureuse avec un autre me rend juste jaloux. Je suis jaloux oui.
Je te laisse un baiser sur le front alors que tu t'éloignes déjà, toute souriante.
- Tu ne me quittes jamais Tom, me dis-tu en tenant le petit coeur du bout des doigts.
Un sourire faible s'étire sur mon visage et je me retourne avant que tu n'aperçoives mes yeux se brouiller.
- Oh Na! je t'interpelle en réalisant soudain que j'ai oublié de te dire une chose importante.
- Oui ?
- Je suis heureux pour toi .
- Moi je suis heureuse que tu sois là.
- Toujours, je réponds dans un souffle.
Ton fiancé s'approche de toi, et m'adresse un bref signe de la main avant de t'embrasser. Je détourne rapidement mon regard et part à la recherche de mon frère sur la terrasse.
Il est à l'écart, assis sur la murette, en train de fumer.
- Alors ? demande-t-il à peine me suis-je approché de lui.
Je lui prends sa cigarette et tire dessus.
- Alors elle est heureuse, dis-je en recrachant la fumée de mes poumons. C'est l'essentiel p'tit frère.
- C'est ça, t'as qu'à essayer de t'en persuader.
My love she leans into me
This most assuredly counts
Je te revois, dix ans plus tôt, dans ta robe blanche évasée. Dans cette robe qui t'allait si bien, que tu avais achetée rien que pour moi. Je te revois tourner sur toi-même, ton sourire éclatant. Tu avais souligné tes yeux d'un trait noir, pour la première fois surement, et tu étais radieuse.
- Comment tu m'trouves ? m'avais-tu demandé timidement, d'une voix douce et enfantine.
Je n'avais pas répondu et tu avais continué de tourner, m'emportant avec toi dans des songes dont je ne t'ai jamais fait part, par crainte de te perdre. J'étais tombé amoureux de toi.
Et tu continuas de tourner encore ... et encore dans mes rêves, pour moi seul. Même si aujourd'hui, c'est moi qui ai le tournis.