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« Une prestation brouillon » par Audrey .

« Une prestation brouillon » par Audrey .
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Un samedi soir, dans un petit bar à Dessau en Allemagne, quatre jeunes plus nerveux que jamais se préparaient à monter sur scène. Bill était assis, en silence, sur un tabouret au comptoir du bar, juste à côté de son frère jumeau. Il tentait de se remémorer les paroles des chansons que le groupe s'apprêtaient à interpréter, toutefois il lui semblait qu'elles s'étaient envolées. Qu'elles avaient tout simplement quitté son esprit pour aller vagabonder ailleurs, le laissant ainsi en proie à une anxiété et une peur incontrôlables. Tom était heureux d'avoir enfin l'opportunité de jouer devant un public autre que sa mère et son beau-père. Pour une fois, on avait accepté qu'ils jouent. Un samedi soir en plus. Ils avaient essayé plusieurs endroits, se faisant refusé la plupart du temps car bill et lui n'avait que 17 ans. Cette fois, ils en avaient bel et bien 18. Depuis un mois, une semaine et des poussières. Et cette fois, ils allaient réellement pouvoir faire découvrir leur musique à quelques personnes.

- Bon les jeunes, je vous paie pour que vous fassiez de la musique, pas pour que vous fassiez fuir mes jolies clientes avec vos airs d'enfants qui ont regardé trop de films d'horreur.

L'homme qui venait de s'exprimer était le propriétaire des lieux. Derrière son comptoir, il avait un air des plus antipathiques. Son crâne rasé était coiffé d'une casquette noire usée, et il avait coincé une cigarette derrière son oreille droite.

- Vous nous paierez combien finalement ...? osa demander le joueur de guitare.
- Cent euros, répondit le barman.
- C'est pas mal, ça fait 400 euros au total ... remarqua Georg.
- Non, idiot! 100 euros pour vous quatre ! répliqua l'homme de sa voix rauque.
- Oh ..., échappa simplement le batteur qui venait tout juste de rejoindre le reste du groupe.

Décidément, la belle soirée que les adolescents avaient en perspective s'annonçait légèrement moins joyeuse que prévue.

- Alors, tu vas chanter fillette, ou j'demande à mes potes de te jeter dehors ? demanda le barman en laissant son regard appuyé en direction de Bill.
Les garçons se levèrent puis se dirigèrent vers ce qui était la « scène » où ils avaient l'intention de performer.

Tom passa la sangle de sa guitare par dessus sa tête.
Il avait répété tout l'après-midi, et il n'avait fait presque aucun mauvais accord. C'était bien trop beau pour être vrai, il allait forcément ce planter ce soir là. Le bassiste quant à lui, avait la mâchoire tremblante. Il jeta un regard en biais vers Gustav qui serrait très fort les deux baguettes de bois qu'il avait acheté le matin même.

En voyant l'air traumatisé de Bill, son frère posa une main sur l'épaule de ce dernier.
« T'inquiète pas vieux, tout va bien aller. » lui dit-il en le poussant vers le micro.
« Puis elle est là pour toi hein » ajouta-t-il avec un léger rire moqueur.
Elle.
Claudia.
La plus parfaite de toutes les filles de l'univers était assise à une table au fond de la salle, un cosmopolitain à la main.

Ils jouèrent une première chanson, ça sonnait assez bien si on enlevait le fait que le chanteur devait lutter pour que sa voix cesse de trembloter. Ils enchaînèrent avec une chanson des beatles. Bill se mélangeait dans les paroles, peu habitué à chanter en anglais et surtout devant un public. Un public qui ne semblait pas très enthousiaste de les entendre vu l'absence totale d'applaudissements et de sifflements quelconques à la fin de leur premier morceau.
La troisième pièce fut tout de même la pire.
Ils venaient à peine de commencer quand, il ne sut comment, tom brisa sa corde sol.
Contenant son sang-froid il s'approcha de son frère en lui lui montrant la guitare en guise d'explication. Les deux autres s'arrêtèrent aussitôt de jouer.
Ils descendirent tous de la petite scène la mine déconfite, sauf Gustav qui pensa à expliquer aux gens ce qui se tramait.
« Euh ... nous avons un petit problème technique » s'excusa-t-il.
Malheureusement, aucuns des gens présents n'avaient écouté. Pas plus qu'ils ne s'étaient donnés la peine de garder une oreille attentive durant la démonstration des talents musicaux du groupe.
Gustav ne réalisa que leur performance avait été un désastre que lorsqu'il croisa le regard de Bill. Celui-ci avait les yeux écarquillés par le stress et son visage semblait beaucoup plus blême qu'à l'ordinaire.

- Euh je ... je ... j'vais aux chiottes, bredouilla le garçon à la chevelure noire en se dirigeant vers le côté opposé de la salle. Il décida qu'il allait se rincer le visage avec de l'eau froide et qu'ensuite il irait rejoindre Claudia, en quête d'un peu de réconfort.
À son plus grand désarroi, la scène que l'adolescent interrompit par son arrivée dans la salle de bain était bien loin d'être réconfortante. Un homme de la mi-vingtaine tenait une jeune fille collée contre les lavabos, une main sous sa cuisse et par la même occasion sous sa jupe. De l'autre main, il relevait son t-shirt et de ce geste, laissait découvrir un soutien-george en satin rouge. Lingerie qui avait été, moins de deux mois auparavant, le « cadeau » d'anniversaire de Bill. Entendre Claudia gémir de bonheur et de plaisir à sa soirée d'anniversaire avait sans doute été le moment le plus formidable de son existence. La voir ce jour là échanger sa salive avec un pur inconnu était nettement moins agréable et ce n'était pas réellement ce qu'on aurait pu qualifier d'un beau présent par exemple.

Lorsque Claudia se rendit enfin compte de l'idendité du nouveau venu dans la pièce, elle repoussa vivement son nouvel ami et lança un de ces classiques « Ce n'est pas c'que tu crois ! » .
- Non ... biensûr. C'est sûrment que tu voulais me prouver ton amour en roulant une pelle à un autre mec que moi pendant que j'suis entrain de me ridiculiser sur scène.
- Bill ...
- TA GUEULE ESPÈCE DE CONNE, FOUS LE CAMP.
Il venait de perdre son sang-froid.
La déception, l'humiliation et la trahison venaient de détruire toute trace du bonheur pouvant avoir été présent dans le passé.

L'androgyne baissa les yeux, et la jeune fille sortit des toilettes la mine honteuse. Le garçon se pencha au dessus du lavabo pour se rincer le visage, puis quitta la pièce de malheur. Il enfonça ses ongles dans ses mains serrées, et chercha du regard ses amis. Gustav et Tom étaient assis au bar, l'air dépité. Quand Tom releva les yeux vers son frère, il sauta de sa chaise et vint le serrer dans ses bras. Rares étaient les moments où Tom se démontrait affectueux envers ses proches, et rares étaient les moments où il se sentait aussi mal.

- J'vais prendre l'air, indiqua le chanteur en desserant à peine les dents.

Tête baissée, il sortit par la première porte qu'il aperçut, cherchant déjà le paquet de cigarettes au fond de sa poche. Il s'appuya contre le mur et tira une grande bouffée de nicotine.

Georg était lui aussi sortit pour décompresser un peu. L'ambiance présente dans le bar l'étouffait. Il ressentait le besoin de parler à quelqu'un qui saurait l'écouter et le rassurer après tous les événements survenus au cours de la soirée. C'est pour cette raison qu'il avait décidé d'appeler son cousin, Frederik, qu'il considérait également comme son meilleur ami.

On laissa sonné trois fois avant de décrocher de l'autre côté de la ligne.

- Allô ? fit une voix rauque dans le combinée.
- Euh ... Bonsoir Johanna, dit Georg .
- C'est toi Georg ? , demanda sa tante.
- Oui, c'est moi. Frederik est là ? questionna-t-il d'un ton distrait, les yeux dérivant vers un groupe de jeunes qui venaient de briser une bouteille de bière un peu plus loin.
- ... non ..., bredouilla la femme.
- Tu sais quand il rentrera ? demanda Georg déçu que son cousin soit absent.
- Il ... ne ... rentrera pas ..., articula-t-elle d'une voix étouffée.
Elle pleurait.
- ... qu'est-ce qu'il y a ...? Que s'est-il passé? s'inquiéta Georg.
Frederik avait-il fugué? ... Lui était-il arrivé quelque chose ?

Il entendit la soeur de sa mère prendre une grande inspiration. Elle tentait de se calmer du mieux qu'elle le pouvait.
- Il a eu un accident ..., dit-elle simplement en échappant un sanglot à la fin de sa phrase.

Georg avait la gorge serrée. Il avait cette espèce d'impression que cette conversation n'était pas la sienne, et que rien de tout ça n'était réellement entrain d'arriver.
Il serrait le téléphone contre son oreille pour ne pas le laisser tomber, et attendait patiemment que Johanna se remette à parler. C'est à ce moment là qu'il remarqua que Bill se trouvait adossé contre le muret derière lui. Une cigarette se confinait entre ses longs doigts fins.

Lorsque le musicien se rendit compte que sa tante pleurait moins, il se décida à parler.
- Est-ce qu'il est ...?
La fin de sa phrase se perdit entre le noeud qu'il avait dans l'estomac et la comissure de ses lèvres.

Quand il entendit Johanna se remettre à sangloter de plus belle, il comprit qu'il avait perdu son meilleur ami à tout jamais.

Si vous avez déjà perdu un proche, vous comprenez ce que ce jeune adulte a ressenti à ce moment là ... mais si ... vous n'avez jamais rien perdu d'autre que les clés de votre maison, alors, non, vous ne pouvez pas comprendre.

Un sentiment d'impuissance totale accompagnée d'un découragement infini imprégnaient les quatre jeunes ce soir là. La sensation que toute petite chance existante leur filait entre les doigts comme du sable fin. Toutefois, ce dont ils ne se doutaient pas, c'était que quelque chose d'autre que la chance leur échapait également. Ou plutôt, ils lui échapaient. Ils passaient à côté de la célébrité.

Chacun des membres passaient à côté des énormes disputes qui auraient pu éclater si des luttes de pouvoir s'étaient déclanchées entre eux. Qui serait mis à l'avant, qui serait le leader. Quelle image ils auraient projetté, peut-être une autre que celle de leur véritable identité. Peut-être une image pré-fabriquée de toute pièce par des hommes d'affaires obsédés par l'argent. Quels mensonges auraient été racontés sur eux, sur leurs amis, leurs familles, leurs moindres faits et gestes. Le groupe ne s'en doutait pas, mais, les Devilish avaient eu en quelque sorte la chance d'échapper à tout ça.

Alors que les membres Devilish cherchaient désespérément à faire connaître leur formation, un trio nommé Tokio Hotel était posé sur un piédestal, lui. Formé de trois cousins, deux adolescents de 16 ans et un de 17 ans aussi proches les uns des autres que de véritables frères. Du moins, c'est ce qu'on leur demandait de faire croire aux photographes et aux animateurs de chaînes de télévision. En réalité, la pression les avaient rendus compétitifs les uns envers les autres. Avoir perdu leur complicité d'autrefois ne semblait guère les embêter. Ce qui était important désormais, c'était de s'assurer qu'ils avaient toujours des coupes de cheveux plus excentriques à chaque mois, et d'avoir les fringues les plus branchées qu'ils pouvaient trouver. Être et surtout rester les meilleurs. Quite à devoir se démolir pour y parvenir.

Gustav, Bill, Tom et Georg n'avaient peut-être pas eu de demandes d'othographes ce soir là. Ni de fans qui les attendaient avant qu'ils montent sur scène ou de gardes du corps pour les protéger en vue de tout danger. L'un d'entre eux venait de se faire tromper par sa petite amie, et un autre venait de perdre l'être en qui il avait le plus confiance au monde. Cependant, ces quatre garçons avaient quelque chose de beaucoup plus précieux que toute la gloire que les groupes les plus connus de l'heure ne possédaient peut être pas eux. Entre leur solidarité et leur loyauté ... il y avait ce quelque chose qui s'appelait ...

l'amitié.__________




# Posté le vendredi 18 juillet 2008 00:23

Modifié le lundi 04 août 2008 10:46

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